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CHAPITRE I : UN MOT D'INTRODUCTION. - LES ORIGINES FABULEUSES DE LOUVAIN. LES HABITANTS DU TERRITOIRE DE LOUVAIN DANS LES TEMPS PRIMITIFS. - LES CELTES. LES NERVIENS. - LES GRUDIENS. LES EBURONS. - LES ROMAINS. - LES TONGROIS. - LES FRANCS.
Au centre de la Belgique, à 26 kilomètres de la capitale, partie sur une élévation en amphithéâtre, partie dans une charmante et fertile vallée, baignée par la Dyle, s'élève Louvain. Autrefois premiere chef-ville du duché de Brabant, c'est là que le souverain, lors de son avènement, devait promettre par un serment solennel de ne jamais méconnaître les privilèges de la nation.
Louvain est une ville á part parmi les cités brabançonnes. Après avoir poussé le premier cri des libertés communales et conquis des franchises dont aucune ville ne jouissait, elle donna le premier éveil de la culture littéraire et scientifique. Un poète du XVIIme siècle, André Catulle, inspiré par la gloire de l'Alma Mater, dont il était élève, n'hésita point d'affirmer que cette ville faisait "envie aux lieux
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célèbres et vantés de la Grèce et de l'Egypte, Délos, Delphes, Thèbes aux cent portes." . Et aujourd'hui encore, Louvain, avec ses beaux monuments, ses nombreuses places publiques et ses riantes promenades, forme l'une des communes les plus intéressantes et les plus agréables du pays. Elle plaît tout à la fois à ceux qui recherchent les cités historiques et à ceux qui aiment les villes modernes ; car, à côté des rues tirées au cordeau, bordées de somptueuses demeures, elle renferme encore d'anciens quartiers aux voies tortueuses et aux maisons à façades à gradins. L'art flamand y a prodigué ses plus grandes merveilles. Trois monuments, trois chef-d'oeuvre que le monde admire, dominent la ville et en forment lé centre et l'attraction, la Collégiale de Saint-Pierre, l'Hôtel-de-Ville et le Palais universitaire, primitivement la Halle aux draps. Ils synthétisent la triple force qui animait notre population dans le passé : Dieu, Liberté, Travail. Mieux que les écrits des annalistes, ces majestueuses constructions attestent l'ancienne splendeur de cette commune, qui, après avoir été, pendant plusieurs siècles, l'un des plus grands centres industriels des Pays-Bas, devint l'Athènes de la Belgique, le séjour des muses, la mère-patrie de toutes les sciences. Erasme, le plus fin et le plus profond lettré du XVIme siècle, vint à plusieurs reprises se retremper dans ce centre d'activité intellectuelle; l'illustre chancelier d' Angleterre, Thomas Morus, le visita deux fois; le célèbre primat d'Irlande, Pierre Lombard, y étudia les belles-lettres et la théologie ; un autre élève de cette école, Adrien FIorens, d'Utrecht, après avoir été le précepteur du plus grand empereur que la chrétienté eût connu depuis Charlemagne, monta sur le trône pontifical.
Si tout ce qui concerne l'honneur national, si tout ce qui tient à la grandeur du pays est digne de fixer l'attention de nos compatriotes, rien ne peut les intéresser 'a un plus haut degré que l'histoire de Louvain, toute remplie d'évènements mémorables, de nobles et précieux souvenirs. Elle est aussi instructive qu'attachante. Les exemples de courage, d'activité et d'abnégation y abondent. On y apprend comment, au milieu du moyen-âge, une ville de modeste origine devint, par le travail et la liberté, l'une des communes les plus peuplées, les plus florissantes et les plus riches du continent. Presque chaque page de cette histoire offre des traits édifiants de bravoure, d'héroïsme et d'amour de la patrie. Les Louvanistes accompagnèrent leurs princes en Palestine et aidèrent à planter la bannière nationale sur les murs de Jérusalem. Ils se signalèrent d'une manière éclatante dans les fameuses journées de Woeringen, de Sittard, d'Hollogne.
Louvain doit surtout à son Université d'être considéré comme l'une des plus belles gloires de la Belgique. De cet ardent foyer de lumière sortirent non seulement tous les hommes qui, pendant quatre siècles, illustrèrent la terre natale dans le domaine de l'érudition, mais aussi un grand nombre de savants, qui portèrent le flambeau de la science et de la civilisation dans tous les pays du monde.
La révolution française ferma l'antique école qui faisait le bonheur et l'orgueil de nos aïeux. Elle rouverte par la liberté : un grand établissement de haute science est venu rattacher le passé au présent, et combler la lacune que les circonstances avaient occasionnée dans l'histoire de l'Université de Louvain.
L'ouvrage sur Louvain que nous offrons à nos compatriotes est le fruit de près d'un demi
| 1 | Voyez la belle étude sur Catulle de M. Félix Nève, dans son ouvrage intitulé : La Renaissance des Lettres et l'essor de l'érutition ancienne en Belgique. Louvain, 1890, p. 375. |
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siécle de recherches et d'études. En écrivant ce livre, nous n'avons eu d'autre but que celui de servir, dans les limites de nos moyens, la sainte cause de la nationalité. C'est incontestablement par les grands souvenirs du passé que l'amour du pays se fortifie, que l'esprit national se maintient. "L'histoire a cela de particulier, dit un auteur, qu'elle rend la vie, le mouvement, la passion à toutes les cendres éparses qu'elle recueille dans sa main puissante ; elle sème toutes sortes de débris, et ces débris, comme les pierres de Deucalion et de Pyrrha, se changent aussitôt en autant d'hommes qui marchent et qui pensent."
L'origine de Louvain, comme celle de presque toutes nos anciénnes villes, se perd dans la nuit des temps. Il en est des grandes villes - on en a fait la remarque avant nous - comme des grandes illustrations : on ne s'en occupe que lorsqu'elles sont arrivées à la gloire. Les croniqueurs du moyen-âge, qui se sont appliqués à remplir, par des fictions, les lacunes de nos annales, et qui n'éprouvaient de vénération que pour le monde Helléno-Romain, font remonter très haut l'origine de notre cité. Lucien ou Lucinus de Tongres, le prétendu inventeur chimérique de souverains belges, minutieusement reproduite par van Vaernewyck , et qui semble avoir vécu au XlIIme siècle , avance qu'elle fut fondée, près de 1000 ans avant notre ère, par un certain Lupus, prince écossais. Jacques de Guyse, auteur du XIVme siècle, l'un de ceux qui contribuèrent le plus à populariser les fables qui embrouillent l'histoire ancienne de notre pays , allègue que notre commune était déjà une cité opulente à l'époque de la conquête des Gaules par les Romains. Il ajoute que Jules César l'habita parfois, en compagnie de Salvius Barbon, roi de Tongres, et que ce dernier y épousa, dans un temple consacré à Vesta, la charmante Swana, nièce du grand conquérant
. Ces récits appartiennent au domaine et ne méritent guère l'honneur d'une réfutation.
Dans les temps primitifs, l'océan roulait ses vagues sur le territoire de Louvain. Les collines qui commencent à Pellenberg (à une hauteur de 101 mètres) et qui se poursuivent jusqu'au-delà de Diest, sont des dunes créées par les flots. Après la disparition des eaux, notre sol changea d'aspect. Il offrait çà et là des monticules sur lesquels poussaient des herbes et des broussailles. A mesure que le sol se desséchait, il se couvrit d'arbres et finit par appartenir à la Forêt Charbonnière ou Sylva Carbonaria, qui s'étendait, au commencement de notre ère, sur la majeure partie de la Belgique ; nous en trouvons encore des restes dans les bois d'Héverlé, de Molendale et de Meerdale. Dans cette immense forêt vivaient le rhinocéros, l'hippopotame, l'hyène, le renne et d'autres animaux aujourd'hui inconnus à nos climats .
Tout porte à croire que notre territoire fut habité de bonne heure. Dans les campagnes des environs de notre ville, on a recueilli des objets en silex qu'on suppose avoir été taillés par l'homme préhistorique : ce sont des haches, des couteaux et des pointes de flèches. On en a trouvé à Holsbeek, Kessel-Loo, Bierbeek et Héverlé. Pendant notre jeunesse, nous avons connu, sous heverlé, au lieu appelé de Saffraenberg, dans une partie de forêt de chênes de l'abbaye de
| 1 | Janin, Voyage en Italie, p. 110. |
| 2 | V. Marcus van Vaernewyck, Geschiedenis van Belgies, die men anders noemen sal den Spieghel der Nederland. Outheyt. Gent, 1574, in-4°. |
| 3 | V.M. le Baron de Reiffenberg, Introduction á la Chronique de Ph. Mouskès. Brux. 1836. T.I. p. cccxl. |
| 4 | Ouvrage cité p. ccclxii. |
| 5 | Divaeus a rassemblés les noms des auteurs qui font mention de ces légendes. V. Res Lovanienses et Annales Oppidi Lov. p. I. |
| 6 | En 1838, en travaillant au lit du chemin de fer, les ouvriers trouvèrent, entre Louvain et Tirlemont, un crâne de boeuf musqué, animal qui ne vit plus que dans les régions polaires. Au mois de mars 1890, en creusant le grand puits du service des eaux, au Cadol, sous Héverlé, on déterra une défense de mammouth. Un certain nombre de dents molaires de cet animal fossile ont été trouvées au Mont-César. |
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Parc, actuellement défrichée, un dépôt caillouteux contenant des silex en grand nombre, qui présentaient des traces évidentes d'un travail humain. Nous nous rappelons avoir ramassé plus d'une fois de ces lithoïdes qui nous servaient à battre le briquet, avant l'introduction des allumettes phosphoriques. Jusqu ici les avis sont partagés sur l'âge de ces silex. Comme l'on en a trouvé dans quelques tombes, il est permis de supposer qu'ils ne remontent pas à l'époque tertiaire, bien qu'il soit certain qu'ils appartiennent à un âge très éloigné, M. Piot les envisage comme des amulettes ou des emblèmes religieux. "Les Grecs, les Romains, des peuples venus de l'Orient, dit ce savant, avaient une grande vénération pour le silex, la pierre de feu par excellence. Ils en connaissaient les vertus propres à faire disparaître les maladies et les maléfices... Ces petits fragments lithoïdes de différente nature sont, dans notre pays, des attributs ou des personnifications de Thor et du feu, principe de la vie ".
Le monde ancien a été peuplé, en grande partie, par des immigrations. La science moderne, avec l'histoire de l'antiquité, nous apprend que nos premiers colonisateurs ont été les Keltes ou Celtes. C'était un peuple de la haute Asie. Il formait un rameau de la grande famille Japhétique des Aryas, qui, sortie de la Bactriane, rayonnait sur l'Inde et sur l'Europe . César affirme que la Belgique fut habitée, dans le principe, par les Celtes .
Vers le IIIme siècle avant Jésus-Christ, les tribus celtiques furent refoulées par les Germains. Au temps de la conquête des Gaules, 6o ans avant notre ère, il n'y avait plus sur notre sol que des Germains. "La Gaule, dit César, est divisée en trois parties, habitées par les Belges, les Aquitains et les Celtes. Les plus courageux sont les Belges, parce qu'ils sont les plus éloignés des pays civilisés, parce qu'ils négoce et parce qui'ils sont voisins des Germains, qui habitent au-delà du Rhin . A cette époque, notre pays était encore couvert d'immenses forêts s'étendant sur de vastes platteaux et de larges marécages sillonnés de grands fleuves. Les habitants, qui n'avaient d'autres ressources que la chasse et la pêche, vivaient par clan, par famille, et s'installaient, dans les bois, près d'un cours d'eau. Ils avaient pour compagnons, à côté du cerf, du chevreuil, du sanglier, du loup, du renard, l'ours brun, le lynx, le boeuf urus, l'aurochs, l'élan et le castor. Leurs habitations étaient des huttes semblables à celles qu'on rencontre encore aujourd'hui chez les peuplades à demi sauvages de l'intérieur de l'Afrique ou de l'Amérique. Le bois à peine équarri, la terre délayée et les branchages formaient tout l'appareil de ces constructions primitives. En hiver, les habitants se réfugiaient, avec leurs femmes et leurs enfants, dans de vastes souterrains; en temps de guerre, ils se retranchaient derrière de hautes palissades.
La religion de ces hommes était le culte de la nature, l'adoration des éléments au pied des arbres, dans les forêts ou sur les montagnes.
A l'époque de l'invasion romaine, le territoire de Louvain appartenait, selon toute probabilité, à deux peuples différents, mais qui vivaient, à ce qu'il paraît, dans l'union la plus parfaite : aux Eburons et aux Nerviens. La Dyle, alors beaucoup plus spacieuse qu'elle ne l'est aujourd'hui, séparait les deux peuples : la rive droite appartenait aux Éburons, la rive gauche aux Nerviens. Cette ligne de démarcation paraît avoir existé fort tard. Elle a été observée, en partie, lors de la division ecclésiastique de la Belgique sous les Francs : c'est ainsi que l'évêché de Tongres,
| 1 | M. CHARLES PIOT, Bulletin des Commissions royales d'art et d'archéologie, 1880, p. 247. |
| 2 | M. FRANÇOIS LENORMENT, Manuel d'histoire ancienne de l'Orient jusqu'aux Guerres Médiques, liv V., cap II. |
| 3 | J. Caesaris, Comm. de bello Gallico, lib. II, Cap IV. |
| 4 | Ibid., lib. I, cap. I. |
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plus tard de Liège, qui comprenait le territoire des Éburons, exerçait la juridiction ecclésiastique sur Louvain, tandis que celui de Cambray, qui comprenait le pays des Nerviens, l'exerçait sur la partie située au-delà des villages de Berthem et Herent. Cet état de choses a subsisté jusqu'à l'érection de l'archevêché de Malines, en1559.
Les Éburons occupaient les contrées correspondant actuellement au duché de Juliers, au Limbourg, à une partie de la province de Liège et de la province du Brabant. Ils formaient un peuple farouche et téméraire, divisé en deux tribus gouvernées par autant de rois ou chefs. L'un de ces rois portait le nom d'Ambiorix, l'autre celui de Cativulke. Les Nerviens habitaient, avec leurs clients, les Centurons, les Grudiens, les Levaciens, les Pleumosiens et les Gorduniens, le centre et le sud de la Belgique.
Plusieurs auteurs pensent qu'à l'arrivée des Romains en Belgique, Louvain était la demeure des Levaciens ou Levaci. D'autres croient que ce territoire formait le pays des Grudiens ou Grudii, mentionnés par César parmi les petites peuplades nerviennes. Gramaye dit avoir lu dans un vieil écrit : Lovania Augusta Grudiorum. Malgré l'affirmation de ce savant, nous. croyons que cet écrit ne remontait guère au-delà du commencement du XVIme siècle. L'opinion que notre ville fut jadis le centre des Grudiens, ne repose sur aucune donnée certaine ; cependant c'était autrefois l'opinion dominante. Les savants de l'Université, si familiers avec les commentaires de César, si enthousiastes de l'antiquité, croyaient habiter la ville de la tribu nervienne. Plus d'un membre de la grande école brabançonne inscrivit sur les titres de se publications sa qualité de professeur, non à Louvain, mais chez les Grudiens (apud Grudeos). Un poète latin, qu'on a comparé à Catulle, à Properce et à Tibulle, NICOLAS EVERANDI, s'appelait Nicolaus Grudius, parce qu'il avait vu le jour à Louvain. Le nom de cette tribu remplaça celui de notre ville dans presque toutes les poésies latines de l'Alma Mater, jusqu'en 1797.
Les Nerviens, après avoir fait chanceler un instant la fortune de César, furent vaincus à la terrible bataille, livrée 57 ans avant notre ère, dans la plaine d'Assche, á trois lieues de Bruxelles. Ils se reconnurent sujets du peuple romain. César les traita avec générosité. Il les proclama libres et leur permit de se donner un gouvernement national. Le conquérant leur octroya, en outre, une marque de haute confiance en choisissant parmi eux des auxiliaires. Ces Belges l'aidèrent, plus tard, à triompher à Pharsale. Par la suite, les Nerviens entrèrent dans la garde Germanique de l'Empire.
Selon toute probabilité, les Éburons s'étaient librement soumis à César, mais plutôt par crainte que par sympathie, ainsi que nous allons le voir. Lorsqu'il eut terminé sa cinquième campagne dans les Gaules, le proconsul plaça sur leur territoire une légion de son armée, composée de cinq cohortes et commandée par Q. Titurius Sabinus et L. Arunculeius Cotta. Les rois des Éburons, Ambiorix et Cativulke, reçurent les deux généraux romains aux frontières de leur pays et les conduisirent avec leurs légionnaires dans un endroit nommé Atuatuca, lieu désigné pour l'emplacement du camp, et qui était situé non loin de Tongres. Mais ces marques de sympathie étaient loin d'être sincères. Les Éburons supportaient, avec répugnance, la domination étrangère et ne songeaient qu'aux moyens de s'en affranchir. Cette soif de liberté leur fit concevoir le projet gigantesque d'anéantir, l'une aprés l'autre, toutes les légions romaines campées en Belgique. Mais ce n'était pas chose facile que de se rendre maître d'un camp romain., Ambiorix, après avoir essayé de prendre ar les armes celui de Sabinus et de Cotta eut recours
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à la ruse. Il se rendit à Atuatuca et insinua à deux officiers de la légion, envoyés en parlementaires, que la reconnaissance qu'il éprouvait pour César lui imposait le devoir de les prévenir que tous les peuples de la Gaule venaient de former une confédération pour secouer le joug étranger. Il ajouta qu'une puissante armée de Germains avait déjà passé le Rhin pour seconder ce projet. Il les pria donc instamment d'engager leurs chefs à quitter, au plus tôt, le camp et à réunir, en temps utile, leurs forces à celles des autres garnisons, pour réprimer énergiquement le complot. On devine, sans peine, que les Officiers n'eurent rien de plus pressé que de rapporter à leurs généraux le récit d'Ambiorix. La nouvelle porta le trouble dans la place de guerre. Sabinus crut au complot et fut d'avis de suivre le conseil du roi des Éburons. Cotta, au contraire, ne voulut abandonner le camp que sur les ordres de César. De là une discussion, qui dura fort avant dans la nuit. L'avis de Sabinus finit par triompher. Ambiorix, instruit de cette résolution, profita de la nuit pour placer ses Eburones en embuscade sur les deux versants d'un grand bas-fond, très long et peu large, couvert de bois, par où les Romains devaient passer. Parvenus à deux miles d'Aduatuca, ces derniers furent assaillis par les Belges et impitoyablement massacrés. Les deux généraux et 7000 Romains y perdirent la vie.
César, cet homme au caractère de fer, en qui Syla avait vu plusieurs Marius, versa des larmes à nouvelle de cette horrible catastrophe. Dans un accès de colère, il jura de ne se laisser couper la barbe et les cheveux qui lorsqu'il aurait vengé la perte de sa légion par l'exterminination totale de la nation rebelle. Il tint son serment. En l'an 55 avant Jésus-Christ, il fit extirper les Éburons, dévaster leur pays et ne mit un terme à sa vengeance qu'après s'être assuré que rien n'y avait échappé .
Le territolre des Eburons, converti en un vaste désert, resta, près de cinquante ans, totalement abandonné. Tibère, le fils adoptif de l'empereur Auguste, nommé au gouvernement des Gaules, songea le premier à le repeupler. Ayant remporté, huit ans avant notre ère, plusieurs avantages sur les Suèves et les Sicambres, peuples qui habitaient la rive droite du Rhin, et fait sur eux un grand nombre de prisonniers, il en transféra 40,000 à gauche du grand fleuve . Une partie de ces prisonniers fut placé dans le pays des Éburons. Ces Germains transportés, réunis à trois - petites peuplades belges, les Ambivarites, les Condrusiens et les Segniens, adoptèrent pour nom collectif celui de Tungri ou Tongrois, dérivé sans doute du nom de la principale tribu des Suèves transplantée en Belgique . Les Tongrois, qui obéissaient, selon toute vraisemblance, à un chef national, se distinguèrent plus tard avec éclat dans la garde Germanique des empereurs.
Nous inclinons à croire que quelques familles tongroises se sant fixées sur notre territoire. A cette époque, l'emplacement de Louvain formait selon , toute probabilité, l'une des stations de la grand' route allant de Bruxelles à Cologne, alors une ville puissante, l'entrepôt général des provinces Rhénanes. Cette voie se dirigeait vers l'Allemagne par Etterbeek, Woluwe-Saint-Etienne, Tervueren, Louvain, Lovenjoul, Roosbeek, Cumptich, Tirlemont, Hakendover, Neerhespen, Saint-Trond, Brusthem, Looz et Tongres. Ce qui est certain, c'est que, sous le Haut-Empire, notre territoire était habité. Cela résulte non seulement des médailles romaines qu'on y a déterrées en grand nombre, mais surtout des Tumuli qui y existaient autrefois et dont les archives nous ont conservé le souvenir.
| 1 | Comm. de bello Gallico, lib. VI, cap. XLIII. |
| 2 | Suetonius, in August. c. 21. |
| 3 | M. Schayes, Les Pays-Bas avant et durant la domination Romaine, T. II p. 416. |
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On sait que les Romains, qui prirent tant de choses aux Grecs, en recurent également l'usage de brûler les cadavres de leurs morts. Cet usage s'étendit dans presque tout l'empire et se perpétua jusqu'au IVme siècle. On brûlait le corps du mort et l'on en rassemblait les cendres dans des urnes ou vases en terre cuite ou simplement séchée au sóleil. On déposait dans ces vases quelques pièces de monnaie, pour payer le passage du mort dans l'autre monde. Les vases étaient ensuite déposés dans des Tumuli ou tertres, qu'on élevait au milieu des forêts et près des grand'routes, pour rappeler au passant son heure dernière. Or, il existait jadis, sur notre territoire, ces tertres funèbres. On en comptait sept dans la ci-devant forêt la Loo, hors la porte de Tirlemont, à gauche de la chaussée. On les appelait les Tombergen et les Seven-Tommen où ils s'élevaient, était, au XVme siècle, un rendez-vous de chasse. Dans un registre des archives générales du royaume on lit que, le 3 juillet 1409, les veneurs achetèrent du pain pour la meute, chez un tavernier, à Velthem, après avoir pris le cerf aux Sept Tombes où "Madame de Brabant (la duchesse) avoit esté à la chasse. " Le 6 Juin 1410, ils se pourvurent à Tervueren, et, cette fois encore, après la prise du cerf aux Sept Tombes . Ces tertres ont été nivelés lors du défrichement de la Loo, au XVlme siècle.
A l'intérieur de la ville, dans le champ des Flamands, près du boulevard de Jodoigne, à gauche du grand pénitencier, se dressait autrefois un Tumulus, qui est qualifié de Tomba dans un document du milieu du XIIIme Siècle. Par un acte échevinal du mois de janvier 1262, une certaine Elisabeth, veuve de maître Daniel, chevalier, céda un cens annuel de 18 chapons inscrit sur le jardin, situé dans le champ hors la porte de Saint-Michel, près de la TOMBE (juxta Tombam) . La porte de Saint-Michel était l'entrée de notre première enceinte, qui s'élevait, rue de Tirlemont, devant le Marché aux Grains. Le tertre qui nous occupe, et qui est mentionné dans plusieurs pièces des XIVme et XVme siècles, devait avoir des proportions notables car l'endroit qu'il occupait fugure dans les documents sous le nom de Champ de la Tombe et la voie qui conduisait à cette terre s'appelait rue de la Tombe . En 1357, on construisit la seconde enceinte de Louvain. Nous pensons que la terre du Tumulus aura été utilisée au remblais du rempart. L'emplacement appartient actuellement aux frères et soeurs Van Even.
D'autres faits démontrent que notre territoire était peuplé sous l'empire. Dans les campagnes de Lovenjoul , à une lieue de Louvain, les débris de tuiles romaines abondent. En 1860, on y
| 1 | L. GALESLOOT, Bulletin des Comm. d'art et d'archéologie. |
| 2 | Elyzabet relicta Magistri Danielis Militis supportavit........... decem et octo capones annuatim supra curtem Swanae, relictae in campis extra poriam Sancti Mychaelis, juxta TOMBAM. Lettre Scabinale de 1262. Bibliothèque de l'auteur. - Aleit Soymans en Juete van Sittert, van iij dachmalen lants, die gheleghen siin bider TOMMEN, boven ver (vrouwe) Lanen van der Grecht, die men heet den Zavelberch, iij stuvers en iij capune. Livre censal du St-Esprit de 1370. - Sedecim solidos, decem denarios et octodecim capones, antiqui censûs, ad tria jurnalia terrae Willielmi dicti Vos, sita retro Hekelsbogart, penes vicum ibidem, inter terras Walteri ex Porta et Johannis dicti de Beke, necnon ad unum jurnale terrae situm ibidem, inter TOMBAM et terram predicti Willelmi Vos. Lettre échevinal de 1276. Chart. du St-Esprit. -Walterus dictus de Sancto Michaele, presbyter, supportavit quatuor solidos et sex denarios Lovanienses, quatuor capones et dimidium quos habebat ad dimidium jurnale terrae situm inter TOMBAM et Parchum dominorum (l'abbaye de Parc) quam terram tenens est Godefridus dictus Compain. 1393. Chart. de St-Pierre. Een dagmael landt gelegen achter de TOMBE, regenoten den weg naer de Parck-poorte ten eenre en den Groenenweg ter tweede zijde. 1792. V. Landen binen Loven. MS. f° 56. (Arch. n° 255.) |
| 3 | Een half boinder lants, gelegen tusschen die Tiensche en Perck Poorten, int TOMME VELT. - Op het TOMME VELT. 1716. V. Landen binnen Loven, ff. 57 v° et 61. - In de Hoelstrate, op den hoec der TOMSTRATE. Wyckboek der Hoelstraet, 1671, f° 41; Straete naer de TOMME, 1716. V. Landen, f° 59. C'est la rue actuelle du Moulin. |
| 4 | In Hoelstrata, juxta viculum TOMBESTRAETKEN, 14 dec, 1399, 2a. - Terra sita in Hoelstrata retro TOMBAM, 20 dec. 1447, 2a. - In Hoelstrata... retro curtem, in viculo dicto TOMSTRAETKEN, 28 juin 1460, 2a. |
| 5 | Primitivement Lovenguyl (1183) et Lovenjol (1257). Gramaye se trompe en traduisant ce nom par Lovaniolum ou Petit Louvain. |
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déterra plusieurs coupes en terre sigillée, provenant d'une tombe belgo-romaine. Un livre censal du XVIme siècle, de la seigneurie de Lovenjoul, déposé aux archives du royaume, reseigne une terre appelée le Champ de la Tombe (Tommevelt) et un autre endroit nommé la Tombe (Die Tomme). C'est à Lovenjoul qu'un briquetier découvrit, au mois de février 1878, une tombe du Haut-Empire, dans une terre appelée le Champ aux Tuiles (Het Tichelenvelt), située contre un chemin allant de Corbeek-over-Loo à Pellenberg et de là à Lubbeek, où, soit dit en passant, on a trouvé, en 1883, les substructions d'une villa belgo-romaine. En extrayant de la terre propre à la cuisson, le briquetier se heurta à une tranchée remplie de moëllons, à huit mètres environ de profondeur. Il se mit en devoir d'en suivre les traces et trouva, à l'extrémité du couloir, un petit caveau voûté, creusé dans une terre dure et compacte. Sur l'aire parfaitement unie étaient disposés, d'une manière symétrique, les objets suivants : un flacon en verre de couleur foncée et de forme hexagone ; une fiole d'un verre plus pâle et plus transparent, ayant deux anses contournées en forine de bec de cygne ; un vase ou corne en terre cuite et d'un ton brunâtre ; une jatte en terre cuite de couleur gris-bleu; une écuelle en terre cuite; un grand plat également en terre cuite, etc. Le vase contenait quelques fragments d'os et un peu de cendre . Une tombe semblable fut trouvée, au mois de mars 1848, dans la forêt d'Héverlé. On y découvrit trois urnes cinéraires : l'une d'elles contenait trois médailles romaines de moyen bronze. Deux de ces pièces étaient tellement oxydées qu'il n'était plus possible de les déchiffrer ; la troisième portait la tête de Néron, avec un temple au revers. Les urnes renfermaient également des cendres et de petits fragments d'os .
Il est donc certain que le territoire de Louvain fut occupé pendant l'empire. Il y existait, sans nul doute, quelques villas romaines, que les invasions des peuples barbares d'outre-Rhin qui, dès la fin du III me siècle, pillèrent et dévastèrent nos contrées, auront fait disparaître.
L'empire romain s'écroulait insensiblement, sous le poids de sa propre grandeur. Les nations du nord, impatientes de briser les dernières barrières qui protégeaient encore la monarchie, jadis formidable, se pressaient sur le Rhin, tandis que leurs flottes légères cherchaient sur l'Océan une autre route qui, à travers les orages, les conduisît à la victoire et au butin. Les chroniqueurs désignent ces peuplades, tantôt sous le nom de Saxons, tantôt sous celui de Francs. Dès le IVme siècle, ces générations jeunes et aventureuses avaient fondé des établissements sur les côtes de la Frise, où elles se mêlèrent aux Saliens de l'Yssel et aux Sicambres, dont les aïeux avaient été rélégués par Tibère en-deçà du grand fleuve, ainsi qu'il a été observé plus haut. Au commencement du Vme siècle, la tribu des Francs-Saliens traversa le Rhin et s'établit en Belgique. Hlodi au Chlodion, le chef de cette tribu, fixa sa résidence ou son quartier général dans un endroit que Grégoire de Tours appelle Dispargum et qui n'est autre que Diest. En 438, il partit de là, avec son armée, traversa la forêt Charbonnière et étendit ses expéditions jusqu'à la Somme . Dès lors la Belgique cessa de faire partie de l'empire romain.
| 1 | Cf. Louis GALESLOOT, Découverte d'une tombe de l'époque romaine à Lovenjoul, près de Louvain, dans le Bulletin de l'Académie rorale de Belgique, 2me série, T. 47, p, 898. |
| 2 | Revue de la Numismatique belge, T. IV, p. 281. |
| 3 | GREGORII TURONENSIS, Historia Francorum, dans Ia collection de Dom Bouquet, T. 2. |